Après un an et demi de préparation, le 29 juin dernier, nous avons débuté notre Route depuis Brive-la-Gaillarde, avec pour objectif de rejoindre Padoue le 21 septembre.
Le principe était simple : nous marchions avec une relique de saint Antoine sur le dos et organisions chaque soir un temps de prière autour de celle-ci. Les personnes que nous rencontrions avaient la possibilité de nous confier une intention de prière, que nous acheminions jusqu’à Padoue, et de recevoir une bénédiction avec la relique.
Après ces premières semaines de marche, il était réconfortant de pouvoir déjà goûter aux fruits que notre itinéraire commençait à porter.
Le premier de ces fruits fut sans doute intérieur et personnel. Jour après jour, parfois à notre insu, nous sentions qu’un mouvement s’opérait en nous : quelque chose s’ouvrait, se transformait, se fissurait doucement. Nous perdions peu à peu la notion du temps, mais une chose était certaine : nous nous reconnectiions à la profondeur de notre être. Le silence de la marche, la prière et la contemplation de la beauté du monde cultivaient en nous une écoute plus fine, une attention renouvelée au temps qui passe et à la valeur de la vie. Sur le chemin défilaient des visages, des souvenirs, des épisodes de nos existences ; l’occasion de faire un bilan, de discerner des appels à la conversion, mais aussi de reconnaître les multiples raisons de rendre grâce pour les bienfaits reçus. Corps et âme se remettaient en marche, et se régénéraient, pas après pas.
Un second fruit de ce pèlerinage résidait dans la fraternité vécue au quotidien. Nous ne marchions pas seuls. Il y avait, bien sûr, la relique de saint Antoine, que nous portions comme un signe tangible de sa présence et de son intercession. Mais il y avait surtout ce groupe de marcheurs avec qui nous partagions fatigues et joies. Chaque jour était unique, car chaque jour le groupe changeait. Nous accueillions régulièrement de nouveaux compagnons qui ne marchaient qu’un temps, mais ces présences éphémères modifiaient sans cesse la dynamique de notre communauté de pèlerins. À l’image de la vie, faite d’imprévus et de rencontres, notre route était ponctuée de visages nouveaux qui enrichissaient notre marche et nous transformaient.
Le troisième fruit fut sans doute le plus surprenant : la dimension universelle de notre démarche. Nous constations, avec émerveillement, combien ce simple acte de marcher pouvait toucher, émouvoir, redonner espérance. Ceux qui nous accueillaient le soir – familles, communautés religieuses, prêtres, paroissiens, personnes seules – étaient souvent profondément touchés. Les veillées de prière partagées étaient l’occasion de déposer, puis d’emporter avec nous, un peu du fardeau des souffrances croisées. Il était émouvant de voir, après notre passage, des visages apaisés, éclairés d’une joie discrète, comme si un poids avait été levé. Notre présence, toute humble fût-elle, cherchait à raviver cette flamme de la foi qui sommeille en chacun.
C’était donc avec un cœur plein de gratitude pour ces premières semaines, pour la beauté de la création et pour les rencontres offertes, que nous poursuivions notre route. À la suite de saint Antoine et de saint François, nous découvrions, jour après jour, la richesse de notre vocation de pèlerins d’espérance.
Frère Anselme Boissonnet
OFMConv