Qu’est-ce que je vois ?

Qu’est-ce que je vois ?

Dans les consignes sanitaires qu’on entend beaucoup ces jours-ci devant, la pandémie de coronavirus, il nous est dit qu’un moyen fréquent de transmission est la salive. Il est donc demandé, parmi les « gestes barrière » de garder une distance saine entre les personnes. Il est en conséquence interdit pendant ce temps de pandémie de toucher les yeux de quelqu’un d’autre avec sa propre salive. L’Évangile d’aujourd’hui (dimanche 22/03/2020) ne nous présente pas un Jésus qui défie les consignes sanitaires précieuses, mais un Jésus qui ouvre nos yeux et nous aide à croire pour être sauvé du péché, de la mort éternelle.

Qu’est-ce que je vois ?

La parabole de l’aveugle-né, (Jn 9,1-41) et les autres lectures bibliques de la liturgie d’aujourd’hui nous sont offertes pour guider et nourrir notre chemin de Carême et notre vie spirituelle. Devant un texte si beau et si profond, il est opportun de commencer par un long temps de silence, plein de gratitude.

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Une statistique retrouvée sur internet affirmait qu’une personne adulte, vivant dans un environnement urbain, est exposée chaque jour à approximativement 1200 messages publicitaires. Sur Internet, dans la rue, dans les magasins, à la radio, même là où l’on s’y ’attend le moins, même dans certains WC. Cette quantité est énorme pour chaque personne ! Comment y survivre, et comment garder notre discernement éveillé dans cette nouvelle jungle « informationnelle » ?

Ces temps-ci, nous voyons moins de choses et de personnes. Car nous restons pour la plupart à la maison. En ces jours où notre vie se trouve dans une situation inédite, nous sommes contraints de regarder le même paysage qui nous entoure, les mêmes personnes, les mêmes espaces. Et à moins de passer de nombreuses heures connectés à Internet, nous sommes un peu plus à l’abri de ces 1200 éventuels messages publicitaires.

Lorsque nous contemplons en général un paysage, bien que la vue soit la même pour tous ceux qui le regardent à partir d’un même point, ce que nous voyons n’est pas identique. Il y a ceux qui posent leur regard sur un détail ou un autre, sur les objets proches, ou éloignés, sur les couleurs ou sur les formes… Notre intelligence sélectionne, parmi les réalités qui se présentent à nos yeux, ce qu’elle veut voir : ce qui lui est significatif.

La question se pose donc toujours :

Qu’est-ce que je regarde ? Qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois quand je regarde ?

Ces temps troubles qui nous sont donnés de vivre sont certainement permis par la Providence de Dieu. Car rien ne lui échappe. C’est peut-être l’opportunité de nous interroger sur ce qu’il y a de significatif dans les réalités qui nous entourent. Cette question n’interpelle pas uniquement la réalité qui se présente à mes yeux, mais l’intelligence qui choisit quoi et comment voir. Ce temps est donc pour nous une chance d’apprendre à regarder. Comme l’aveugle-né, comme Samuel, comme St Paul aussi : regarder dans la Lumière de Dieu, tous ceux qui, aujourd’hui, à travers la Parole de Dieu se font nos guides.

Voir et croire!

Croire que Dieu ne regarde pas les apparences, mais que, lorsqu’Il voit un berger, Il regarde un Roi (cf. 1Sam 16, 1-13). Croire, avec l’aveugle-né, que Jésus est le Fils de Dieu qui nous donne la vue, alors que les pharisiens, bien qu’ayant des yeux en bonne santé, ne voient en lui qu’un pécheur qui ne respecte pas le sabbat. Voir et comprendre avec Saint Paul « ce qui est capable de plaire à Dieu » (cf. Ep 5, 8-14).

Le confinement dans lequel nous nous trouvons est, en quelque sorte, opportun pour nous entraîner à voir dans la Lumière du Christ, pour nous entraîner à voir Dieu finalement ! Un temps pour nous débarrasser de ces milles informations qui harcèlent notre esprit, pour nous débarrasser de nos schémas égocentriques. Un temps pour nous réveiller et entrer dans la Lumière du Christ que nous avons reçue au baptême. Un temps pour comprendre que nous sommes devenus nous- mêmes Lumière, envoyés pour rayonner à travers des fruits dignes de notre foi. Un temps pour faire de tout, à l’image de Saint François, une occasion de prière, de louange au Dieu Très-Haut et croire à la Providence de Dieu même en temps de pandémie.

Pour cela, il faut se laisser toucher par Jésus, d’une manière qui lui appartient en totalité : surprenante, libre, courageuse, persévérante. Tel le geste de Jésus de mettre sa salive (qui n’est pas source de contagion) sur les yeux de l’aveugle. Il est ensuite nécessaire de lui obéir, d’aller se laver, de le reconnaître, (même si cela nous coûte de supporter l’hostilité des pharisiens), de lui faire confiance comme le Prophète Samuel, de porter des fruits comme des enfants de Lumière : « bonté justice et vérité »

Implorons, chers frères et sœurs, en ces temps, Sa visite, Son aide, pour que, nous aussi, nous puissions regarder le cœur de chaque chose et de chaque personne, afin d’y découvrir l’œuvre de Dieu, afin de voir Dieu Lui-même. Une vision qui, par la foi, nous libère de toute peur, de la mort même, et nous conduit à nous prosterner devant Lui. Car il est toujours avec nous, et c’est pour cela que je ne crains rien (cf. Ps 22).

                                                                                                                                                                                                    fr. Adrian Baciu

– Méditation  sur la parole de Dieu – 4 ème  dimanche de Carême /A –