Noël, c’est Jésus !

Noël, c’est Jésus !

Le charisme franciscain met au centre de sa spiritualité l’Incarnation. Jésus, le Fils de Dieu est né à Bethléem. Dieu est présent au milieu de peuple. Il est venu pour nous sauver. 

Noël, c’est une fête particulièrement chère à François d’Assise1. Dans son chemin spirituel, la rencontre avec le Seigneur, présent parmi nous, qui a pris chair, qui chemine avec les disciples, qui se donne dans l’Eucharistie, et se révèle dans les pauvres, occupe une place très importante. La foi, ce n’est pas, premièrement, l’attente d’une récompense future, d’une communion promise avec Dieu dans le paradis, et que l’on obtiendrait par l’assiduité d’une vie héroïque. La foi est, pour François, la réjouissance devant la présence de Dieu, ici et maintenant : une présence qui suscite une conversion dans le cœur de ceux qui sont touchés par cette présence salvatrice. Pour François, le paradis n’est pas une réalité future, mais une expérience à vivre dans le présent. Son exaltation est devant ce Dieu présent, ici, maintenant, pauvrement, simplement, et en même temps, si puissant. Ce temps de Noël nous est offert comme une merveilleuse occasion pour revenir aux sources de notre vocation franciscaine, de notre charisme.

Les circonstances actuelles, nous rappelle le pape François, « nous aident à purifier un peu la manière dont on vit Noël, de le fêter, en sortant du consumérisme ». Ainsi se présente à nos yeux une conjoncture providentielle « pour que Noël soit plus religieux, plus authentique et plus vrai » 2.

Comment alors « cueillir » cette occasion qui se présente à nous, et rendre notre foi plus authentique et fervente ? Saint François d’Assise nous est un guide précieux. Nous connaissons bien l’épisode advenu à Greccio, là où François, nous dit la tradition, aménage pour la première foi une crèche3. Depuis, à travers ce signe, Noël est rentré dans presque toutes les maisons chrétiennes. Si nous regardons de près, ce moment béni de la vie de Saint François et de l’Église, quelques éléments peuvent être soulignés.

Tout d’abord la créativité de François. Déjà à Bethléem même, la naissance de Jésus fut un événement complètement inattendu. On ne retrouve aucun des éléments de la religion juive traditionnelle. Il n’y aucune cérémonie, aucun signe qui pourrait rappeler la liturgie du temple, le sacrifice ou le chant des psaumes. Le lieu n’est pas le temple, ni même une synagogue. Il n’y a pas de prêtres. Cette absolue nouveauté, apparue dans la banlieue de la religion juive, exige de quitter Jérusalem, son temple, ses rituels pour s’ouvrir à une présence nouvelle du Dieu qui accomplit ses promesses. Les ritualismes vides et impersonnels courent le risque de diluer le message : contenu pourtant essentiel de l’événement. Notre attention risque de s’arrêter à l’emballage et de ne pas accueillir le vrai cadeau que le Seigneur nous fait de lui même.

Ce véritable cadeau de Dieu – Sa présence – se révèle à François d’Assise avec une fraîcheur admirable. La créativité de son génie spirituel atteint une grande fécondité dans la célébration autour de la crèche à Greggio en 1223. Cependant son innovation n’est pas une revendication, une provocation exprimée devant les rites traditionnels qui marquaient la célébration de Noël dans l’Église. Saint Bonaventure note à propos de cela, que le Poverello avait reçu l’approbation de la part du pape Honorius III, pour la célébration de Noël à Greccio probablement dans le contexte de l’approbation de la Règle 4, un mois auparavant. François ne veut pas défier l’Église, ou inciter à une possible division ou contestation. Durant toute sa vie, sauvegarder la communion ecclésiale et l’unité dans l’Ordre, sera pour François, une préoccupation majeure et sérieuse. La crèche, tel que François l’organise, est une célébration. Elle n’est pas un message idéologique voulu pour revendiquer, pour convaincre, pour propager la foi. La crèche n’est pas une exposition qui s’offre pour être admiré par un regard esthétique, simplement. Elle est un lieu liturgique. Elle encadre une célébration. On y participe, on est présent à la Présence. La rencontre réelle, immédiate avec le Seigneur présent est son seul but. La réduire à un produit purement esthétique, ne nous saisit qu’au niveau émotionnel ou sentimental, et c’est trahir sa valeur et l’intention de François. La crèche est déjà la proclamation de la victoire de Dieu, de la victoire de la Lumière sur toutes ténèbres et l’avènement de la Paix de Dieu. Elle marque l’accomplissement de la promesse de Dieu, laquelle est une victoire sur tout désespoir humain. Et puisque c’est la proclamation d’une victoire, elle ne peut pas être une arme, même pas spirituelle et encore moins idéologique.

Finalement, Saint François nous aide à échapper à la tentation d’accueillir Noël dans une religiosité édulcorée. Il n’y a pas si longtemps, un homme politique, essayant peut-être de justifier les mesures de sécurité sanitaires, affirmait que « Noël, au delà d’une célébration religieuse chrétienne, est aussi un moment privilégié de recueillement spirituel individuel, ou en famille, dans le silence ». Ainsi justifierait-on de décourager de grands rassemblements. Il est beau et nécessaire parfois d’entendre des paroles gentilles, de recevoir des cadeaux, de faire la paix avec soi-même… Mais n’oublions pas ! Noël ce n’est pas du yoga! « En dehors de la religion chrétienne », Noël n’existe pas, tout simplement. Noël, c’est Jésus. Noël reste pour ceux qui ne sont pas chrétiens un cruel blasphème. Il est le scandale de l’incarnation, de la présence de Dieu comme l’un de nous, au milieux de nos misères de notre terre, si tourmentée par le Malin. Comment est-il possible que Dieu devienne homme, comment est-il possible que le vie en plénitude chemine à nos côtés ? Ne nous contentons pas trop facilement de réponses déjà faites, mais saisissons avec frayeur le Mystère, et réveillons la foi et la confiance qui nous permettent d’ accueillir cette initiative divine, si surprenante pour une logique purement humaine. 

La volonté de François de se représenter l’histoire de Noël, nous préserve de la tentation de contempler un Dieu imaginaire, sans visage, ni histoire, un grand architecte impersonnel et atemporel ou, de contempler avec mélancolie, notre propre nombril. François veut toucher, sentir, entendre, veiller pour devenir lui-même un apôtre capable de dire: « ce que nous avons vu, et entendu, nous vous l’annonçons » (1Jn 1,3). Comme autre fois l’évangéliste, qui souligne certains détails de la scène de la nativité, François prête également attention à tous ces détails. Il en ajoute même d’autres, comme la présence des animaux, pour crier de tout son cœur : Dieu est ici ! Dieu est parmi nous ! Il habite la pauvreté de notre condition d’hommes ! Dieu n’abandonne pas son peuple !

Il y a, dans la célébration conçue par Saint François, une communauté. Nombreuse ou petite ? On ne sait pas ! Mais il y a au moins une communauté improvisée, car, l’évènement se déroule chez un certain Giovanni Velita, et tout le village se retrouve pour la célébration. Le Seigneur nous rassemble. Il fait de nous une famille. Attirée par la lumière venue du ciel et la Paix que les anges annoncent. Cette nouvelle famille n’a pas d’autre richesse que son Messie. Cette présence atténue toute division de culture, classe sociale, langue… Sa présence fidèle, à nos côtés, est la redécouverte joyeuse de la nuit de Noël. Car, au milieu de la nuit, lorsque les ténèbres du monde sont très épaisses, la lumière est encore plus brillante. Vous aussi, brillez comme les astres dans l’univers, au milieu d’une génération tortueuse et pervertie ! (Ph 2, 15)

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1 Tomaso da Celano. Vita II, cap. CLI

2  Pape François, Audience générale 16/12/2020

3 Tommaso da Celano, Vita I, cap. XXX.

4 (Bonaventure, Leg. Maior, cap. 10). L’hypothèse est tout a fait plausible car Saint François rencontre le pape a Rome et reçoit l’approbation de la Règle avec la bulla « Solet annuere », un mois plus tôt, le 23 novembre 1223.

fr. Adrian Baciu