La vie en plénitude

Quelle vie !!! Pour quoi sortirais-je de mon lit, alors que ne m’attend qu’une longue et triste  journée de confinement ? Parce que, malgré les privations que la pandémie m’imposent, je trouve un bien à désirer, à réaliser dans mon quotidien, un bonheur qui peut donner du sens à ma journée. Ce « bien » est peut être différent et autre que ce que j’avais prévu, mais il est toujours un « bien » à mes yeux, à ma volonté. Autrement, je ne sortirais pas de mon lit.

Si on remonte la succession de nombreux « Pourquoi ?» inhérents à toute vie humaine, on arrive à découvrir que derrière tout acte de volonté, toute décision, se trouve une soif de bonheur. Le désir de béatitude est, en fin de compte, le moteur de toute volonté humaine. Les richesses, l’honneur, le pouvoir, le plaisir etc. sont une pauvre dissimulation de la félicité recherché. Elles cachent la soif d’une béatitude infinie. Notre soif ne peut pas être étanchée si ce n’est par un bonheur inconditionnel, parfait et éternel. Puisque notre désir est infini, aucun des biens de ce monde fini, ne peut nous obtenir la béatitude impérissable. Dieu seul est capable de le faire. C’est pourquoi la fascination pour l’infini est à l’origine de toute religion.

Pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance

Jésus prononce aujourd’hui, devant nous, dans ce 4éme dimanche de Pâques, une des plus remarquables paroles que l’on peut entendre de sa bouche. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance (Jn 10,10). Cela est, à mon avis, la plus belle définition que le Seigneur nous donne de lui-même et de sa mission : pour que nous ayons la vie. Voila l’œuvre du Christ.

Le désir infini de notre cœur est de vivre la vie en plénitude. C’est çà la béatitude éternelle. Tout autre réconfort est subordonné à celle-ci. Que veut dire une vie vécue en plénitude? Aux yeux de l’histoire païenne, c’est le Kyrie, le Seigneur, l’empereur qui vit une vie en plénitude. C’est lui l’étalon, en fin de compte. Mais, en vérité, la plénitude de la vie est atteinte, seulement lorsque elle a vaincu son adversaire terrible : la mort et tout ce qui est marqué par celle-ci. La plénitude de vie se trouve donc dans la Résurrection. Jésus est le véritable Kyrie ! Dans les yeux des témoins du Ressuscité, cette conviction est indéniable. Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié (Ac 2,36). Elle s’enracine au cœur de la vie des apôtres et agira tout le reste de leur vies : Jésus est la vie en abondance. Car en lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité. En lui, vous êtes pleinement comblés, car il domine toutes les Puissances de l’univers (Col 2,9-10). C’est l’attrait de cette vie en abondance qui ouvre les cœurs et qui déclenche les conversions parmi l’auditoire de Saint Pierre et non pas l’éventuelle menace d’une vengeance divine (Ac 2,41). 3000 personnes converties en une seule journée ! Extraordinaire! Voilà l’attraction de la béatitude infinie.

La Parole de Dieu veut traduire à nos yeux, aujourd’hui, cette plénitude de vie que les disciples on pu découvrir en Jésus Ressuscité. Elle veut nous inviter a orienter nos vies vers la plénitude. Comment ? En choisissant Jésus comme notre pasteur. En vivant avec intégrité notre baptême. Car il est la traversée de la véritable porte qui nous conduit sur le chemin d’éternité. Vivre la vie de baptisés veut dire simplement : suivre les traces de Jésus (1P 2,21). Ce verset de la lettre de St. Pierre est le plus cité dans les écrits de Saint-François. Cela synthétise sa vocation : se faire humble pour suivre son maître, le Bon Pasteur, le gardien de nos âmes.

Parfois, comme des agneaux immatures, comme des adolescents capricieux, nous avons envie de chercher la vie ailleurs et non pas auprès du Bon Pasteur. Mais cela ne sert à rien finalement. Car au lieu de fils et d’héritiers, nous nous découvrons, bandits et voleurs, dans l’impossibilité d’atteindre la plénitude de vie.

Jésus est la porte. La seule porte qui conduit au salut. Il appelle chacun par son nom. Il nous demande, à chacun, de sortir. Ce passage évoque, avec évidence, l’épisode de la résurrection de Lazare (Jn 11), lequel d’ailleurs, suit, dans le texte de l’Évangile, la parole d’aujourd’hui. Il nous fait comprendre que le Bon Pasteur qui sort ses brebis pour les nourrir, nous révèle Jésus, c’est à dire, celui qui fait sortir de la mort à la vie tous ceux qui croient en lui. Car celui qui croit en moi ne mourra jamais (Jn 11,26). Lui seul peut nous donner la vie, car en lui habite la plénitude de la divinité. Les autres ne sont que bandits et voleurs, puisque ils offrent une abondance mensongère, qu’ils ne possèdent pas. Jésus nous donne ce qui lui appartient : la vie en plénitude. En lui j’ai mis toute ma joie (Mt 3, 17).

Cette exclusivité de Jésus ne doit pas être comprise comme un mépris vis à vis des autres religions. Il ne s’agit pas d’affirmer que rien de bon n’est inspiré ou généré par les autres croyances, autres spiritualités ou sagesses. Non. L’œuvre de la foi chrétienne n’est pas seulement d’inspirer, de guider les hommes sur le chemin du bien. La foi chrétienne n’est pas simplement une morale nouvelle et supérieure. Notre plus grand bien c’est la vie en abondance : la vie éternelle. Elle nous est donnée uniquement dans le Christ. Il fait de nous des fils et filles de Dieu. C’est le Christ, seul, qui nous donne la vie éternelle. En dehors de lui, personne d’autre et rien d’autre ne peut offrir à l’homme ce bonheur inconditionnel et surabondant, qui seul étanche la soif de son âme.

Goûter à la plénitude

Une vocation chrétienne naît qu’après avoir goûté à cette plénitude, à cette vie nouvelle. C’est ainsi que l’on apprend à connaître sa voix. Sans avoir goûté à cette plénitude, sans l’avoir connue dans le Ressuscité, sans être appelé de la mort à la vie, il est impossible d’annoncer la béatitude de Dieu. Celui qui goûtera à cette plénitude n’aura plus jamais soif (Jn 4,14). En cas contraire, le chemin de la vie devient un effort pénible, une errance loin du gardien de nos âmes, abandonnés et se confrontant, seules, à nos propres ambitions. Venez et voyez ! venez et goûtez ! L’expérience d’une béatitude présente : voici l’origine de chaque vocation chrétienne.

Tout moment de crise, comme la pandémie que nous vivons est, à n’en pas douter, un moment providentiel durant lequel se trouvent secouées et bouleversées toutes les fausses plénitudes que l’homme s’est construites ou est allé chercher, ailleurs, loin de Dieu. Les voix étrangères, les bandits et les voleurs qui ont voulu et parfois, malheureusement, réussi à égarer tant d’hommes. Tout cela, tout ce qui n’est pas de Dieu, se révèle alors dans sa triste réalité. Prions pour les vocations, prions pour que tous les chrétiens sachent goûter la plénitude de vie du Ressuscité, sans cesse. Afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice (1P 2,24).

fr. Adrian Baciu

3 mai 2020 – 4éme dimanche de Pâques/A