Happy

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Depuis un bon moment, je m’intéresse aux publications d’un certain journaliste spécialisé en économie. Ce qui m’a attiré, au-delà de ses articles – pas du tout religieux donc – c’est la petite biographie, le CV qui accompagne sa signature. Car, parmi les informations caractéristiques de sa personne, il est mentionné : chrétien. C’est plutôt étonnant, presque exotique d’indiquer chrétien dans ton CV. Certes, ceci n’ajoute ou n’enlève rien à sa compétence professionnelle. Elle dit pourtant une chose essentielle : le fait d’être chrétien appartient à mon identité personnelle et cela, ce n’est pas de moindre importance !

Cette affirmation nette, voire inopportune, de préciser l’identité de chrétien m’a surpris agréablement. Elle traduit en quelque sorte l’invitation de St Pierre dans le passage de sa première lettre que nous lisons ce dimanche à rendre gloire à Dieu pour le nom de chrétien (cf. 1P 4,16). Être toujours heureux et reconnaissant pour la grâce d’être compté parmi ses enfants. Il s’agit premièrement de le croire soi-même puis, deuxièmement, de l’affermir avec simplicité, en toute franchise. Il ne s’agit pas ici de défendre ou d’affermir un point de vue éclairé par la foi sur un sujet ou autre d’actualité mais simplement de dire par une identité assumée dans la joie et avec fierté : je suis chrétien !

La gloire de Dieu

Cet appel de Saint Pierre est adressé à nous tous aujourd’hui. Il est prononcé, nous dit sa lettre, dans un contexte de souffrance. Il est certainement facile d’être honoré du nom de chrétien lorsqu’on se trouve dans une assemblée joyeuse et fervente et d’être fier d’appartenir à cette famille. Mais la gloire réelle du chrétien est d’être habité par le même Esprit de Jésus, en toutes circonstances, jusqu’à vivre toute souffrance avec lui. Demeurer en communion, par l’Esprit Saint, avec notre Sauveur signifie l’imiter jusque dans sa Passion, pour porter nos croix avec Lui. Saint François d’Assise avait bien compris cela en le traduisant par ce célèbre passage de La Joie Parfaite. Le chrétien ne se réjouit pas de la souffrance mais la raison de sa gloire est une communion invincible, réalisée par la Pâques de Jésus, héritée dans le baptême, visible par l’œuvre de l’Esprit dans nos cœurs (cf. Rm 5,5).

Être chrétien veut alors dire laisser habiter en soi la gloire de Dieu (cf. Jn 17), en toutes circonstances, à la suite de Jésus. Dans sa signification hébraïque, la gloire (Kabowd) n’est pas simplement un éloge généreux mais c’est ce qui donne consistance, dignité, estime, importance, poids à mes yeux. Ainsi, ce qui est le plus important pour un chrétien, c’est cette communion vivante avec son Dieu, ce qui donne consistance et dignité à sa vie. Elle est, j’oserais dire, la première chose à écrire dans son CV.

La parole de Dieu se propose à nous comme un cheminement pour découvrir, comprendre et ainsi préserver la gloire de Dieu en nous, comme un trésor. Jésus nous en parle dans l’Évangile. Connaître Dieu est bien plus qu’acquérir des informations sur lui. Connaître Dieu, c’est ça la Vie éternelle ! (Jn 17,3) Cela veut dire être accueilli dans la communion vraie et intacte avec lui. Une communion de vie : la même que celle de Jésus avec Dieu le Père ! Révéler cette communion, conduire les apôtre vers elle, la leur faire goûter, c’est la mission de Jésus. L’Évangile est explicite et insistant sur cela. La mission de Jésus se prolonge jusqu’à aujourd’hui car il continue de prier pour nous (Jn 17,9s).

L’assiduité dans la prière

Le signe de cette communion offerte est l’assiduité dans la prière, dont la première lecture nous parle (Ac 1,14). Elle est la volonté humaine libre qui accueille et répond à l’amour du Seigneur. Ainsi, la foi chrétienne n’est pas simplement l’évocation d’un passé, lorsque Jésus marchait sur cette terre. Mais la gloire de Dieu est visible aujourd’hui, car lui qui est vivant en nous, rayonne de sa Présence presque malgré nous. Un chrétien qui prie, qui goûte sa Présence en chaque communion, qui apprend à le connaître, qui aime, qui pardonne et se laisse pardonner, qui est fidèle même dans la souffrance… Un tel chrétien vit déjà l’éternité bienheureuse. Et cela se sent ! Et se voit, jusque dans son CV et encore plus dans tout son quotidien. Sans hostilité ou jugement vis à vis de ceux qui ne partagent pas sa foi, sa vie est le reflet d’un cœur débordant de l’amour de Dieu (cf. 1Jn 4,7-21).

Le chrétien peut certainement se glorifier pour beaucoup de choses : l’héritage de sa foi a marqué l’histoire, la science, l’art, la civilisation… Mais s’il n’est pas capable d’accueillir le Seigneur qui veut se glorifier en lui aujourd’hui, si sa vie ne révèle pas la gloire de Dieu à la manière de Jésus, les autres gloires de ce monde, j’en suis certain, ne valent pas grande chose. Pourquoi ? Parce que finalement elles ne peuvent pas vaincre la mort. Ce qui n’est pas en mesure de traverser la mort perd vite sa valeur dès lors que la vie est en danger : regardez la pandémie ! Tout est devenu en un instant secondaire, sans importance. Jésus seul a vaincu définitivement la mort. Il est ressuscité et il reste jusqu’à la fin de temps avec nous. Voici notre fierté : Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants (1P 2,6-7). Il nous reste à nous la rappeler et nous demander simplement « suis-je heureux et honoré d’être chrétien ? Est-elle là, la joie parfaite que je cherche ? ». Et si oui, avec quelle assiduité je nourris cette communion ?

fr. Adrian Baciu

24 mai 2020 – 7ème Dimanche de Pâques / A