Attiré par la joie fraternelle !

Attiré par la joie fraternelle !

Attiré par la joie fraternelle !

Lorsqu’on évoque la famille Lefèvre à Narbonne et que l’on s’apprête à interviewer l’un de ses membres, l’on s’attend à faire la connaissance d’un jeune musicien tant on connaît le goût et le talent de la famille en cette discipline. Alors nous avons demandé à frère Grégoire pourquoi avoir choisi la vie consacrée…

 

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Mais je suis un jeune musicien! Devenir frère ne m’a enlevé ni mes capacités musicales ni mon amour de la musique… Je suis né et j’ai grandi effectivement dans une famille de musiciens, une famille qui m’a enseignée le sens de l’importance et de la beauté de la musique, mais surtout une famille profondément croyante et engagée dans l’Eglise, qui m’a transmis dès le plus jeune âge beaucoup de choses sur la foi, sur l’Eglise et la vie chrétienne.

J’ai donc grandi proche de l’Église et particulièrement du couvent franciscain de Saint Bonaventure à Narbonne où les frères sont arrivés alors que j’avais 3 ans.

Ce qui a déclenché ma vocation, si je puis dire ainsi, ce qui m’a amené à penser pour la première fois que : “j’aimerais bien vivre comme eux”, c’est la joie que les frères vivaient.

Mon histoire vocationnelle n’a pas été “brutale” comme pour d’autres, je n’ai pas vécu d’événement particulier après lequel j’aurais été persuadé de ma vocation. Pour moi ce fut plutôt une petite graine plantée par le témoignage de vie des frères que j’avais rencontrés qui a grandi petit à petit, un désir au fond de moi qui faisait écho à une aspiration profonde, une certitude timide, floue au début mais qui s’est peu à peu consolidée, clarifiée, jusqu’à ce que j’en parle aux frères et qu’ils me fassent commencer un chemin de discernement d’abord, puis qu’ils me proposent de venir vivre à Cholet un an, après avoir passé mon bac. Mais j’ai commencé à faire des crises d’épilepsie régulièrement, de plus en plus fréquemment, ce qui les a poussé à repousser le moment de mon entrée au couvent après que ces crises se soient calmées.

C’était une bonne décision mais sur le moment j’ai eu du mal à l’accepter et j’ai commencé petit à petit à tout mettre sur le dos de Dieu : “je fais Sa volonté et je me retrouve bloqué par ce coup du destin tellement injuste, et puis d’ailleurs lui Il aurait pu l’empêcher, s’Il ne l’a pas fait c’est peut-être qu’Il le voulait pas, mais pourquoi Il me fait ça à moi alors que je fais tout pour faire Sa volonté”, etc…

et j’ai commencé à m’éloigner de Dieu, de plus en plus jusqu’à lui dire concrètement : “à partir de maintenant je fais ma vie comme si tu n’existais pas”.

J’ai continué à étudier la musique et pour cela j’ai dû quitter ma famille à ce moment-là établie proche de Poitiers, pour aller vivre à Perpignan, et j’ai commencé concrètement à mener deux vies distinctes celle du bon petit chrétien à la maison et à Narbonne quand j’y retournais et celle de l’étudiant lambda qui lui n’a rien de chrétien à Perpignan… Au bout de quelques temps ma maladie s’est stabilisée, les médecins ont trouvé le dosage juste de médicaments pour moi, mais il était hors de question que je retente d’aller au couvent, j’avais viré Dieu de ma vie.

Seulement une vie sans Dieu ça n’existe pas, c’est une illusion, plus on s’éloigne de Dieu plus on s’enfonce dans la mort, et c’est vraiment cela que j’ai vécu, de moins en moins heureux, de plus en plus faux avec les gens, m’inventant un passé différent pour crédibiliser mon personnage, au point de ne plus être capable de distinguer ce que j’avais vraiment vécu de ce que j’avais inventé, de plus en plus désespéré, sans voir aucun moyen de changer de trajectoire.

Heureusement Dieu ne m’a pas abandonné!

Un soir, particulièrement désespéré, je me suis mis à prier avec mes mots et j’ai dit juste ça en substance : “Seigneur s’il te plaît fais quelque chose, moi je ne sais pas quoi faire…” une prière très courte mais un nouveau contact entre moi et Dieu après trois ans de coupure.

Quelques semaines après, je me retrouve à parler avec frère Daniel-Marie, je ne sais plus comment. Il me propose de l’accompagner à Bruxelles où il part pour reprendre un couvent et voudrait un musicien là-bas pour lancer une équipe musique, s’occuper de la partie musicale de toute l’activité pastorale des frères. Il sait que je cherchais un conservatoire supérieur (ayant passé tous les diplômes du mien) et me dit : “si le conservatoire de Bruxelles te convient, viens au couvent, logement et nourriture garantis en échange de quoi tu nous aides avec la musique.”

Pour moi c’est la réponse de Dieu. J’ai la possibilité de déménager à plus ou moins 1000 km de Perpignan là où personne ne me connaît, pour recommencer une nouvelle vie sur de nouvelles bases, en plus le conservatoire de Bruxelles est très bien et je n’aurais pas à me soucier du logement et de la nourriture, les dépenses principales d’un étudiant!

J’accepte bien sûr. J’ai vécu 3 ans à Bruxelles ou j’ai commencé par réapprendre à vivre en chrétien et petit à petit.

J’ai à nouveau ressenti ce désir vocationnel qui n’était finalement pas mort.

J’ai recommencé à sentir ce désir vocationnel qui n’était finalement pas mort, qui attendait juste que le terrain soit bon pour ressortir. Cela m’a conduit à demander à rentrer au postulat (première étape de la formation pour être frère), demande acceptée cette fois-ci. J’ai donc vécu 2 ans au couvent de Cholet ou j’ai fait la connaissance d’Hugo qui lui aussi venait de Narbonne, puis au terme du postulat nous sommes allés Hugo et moi à Assise pour l’année du noviciat et puis nous avons pu faire la profession simple le 31 août dernier.

S’il y a une chose à retenir de tout ça, c’est celle-là : « J’ai essayé la vie sans Dieu, et j’ai essayé la vie avec Lui. Sans Lui ça craint vraiment, avec Lui c’est cool, sans Lui c’est la mort et le désespoir, tôt ou tard, avec Lui c’est la vie et la joie, tôt ET tard ! »

Avant toute chose j’aimerais préciser que ce n’est pas un style de vie qui séduit mais une personne ! C’est séduit par Dieu que j’ai choisi (et ça vaut pour tous les frères) de répondre à son appel pour ma vie. Il ne s’agit pas d’un choix de carrière mais d’une réponse à un amour premier de Dieu qui m’a fait cette proposition, le suivre Lui selon ce mode bien précis qui est la vie d’un frère mineur conventuel aujourd’hui.

Et ce n’est pas un style de vie dépassé, mais plus actuel que jamais.

Saint François était un jeune comme tant de nous aujourd’hui, quelqu’un qui cherche le bonheur, le sens de la vie, il l’a cherché dans l’argent, dans les fêtes, il l’a cherché dans l’ascension sociale, mais sans jamais être totalement satisfait. C’est l’expérience que j’ai faite et que beaucoup d’autres jeunes d’aujourd’hui font, celle de prendre conscience que ma vie actuelle ne me suffit pas, qu’elle devrait me rendre heureux mais que inexplicablement, au fond je ne le suis pas…

Saint François a fini par trouver le sens de sa vie, son bonheur dans la personne de Jésus, cherchant à le suivre en tout et spécialement à travers les plus pauvres, se faisant lui-même le dernier de la société, pas par masochisme, pas par un sens de justice sociale, mais parce que là il savait qu’il y avait Dieu présent!

Voilà le trésor que Saint François a trouvé, qui l’a rendu heureux et qu’il a légué en héritage à ses fils spirituels.

Et voilà pourquoi ce style de vie séduit encore, il s’agit ni plus ni moins que le chemin par lequel je peux trouver Dieu, le sens de ma vie, et finalement le vrai bonheur, la vraie joie, dans cette vie et dans l’autre…

Saint François était oui un homme du 13ème siècle et donc sur bien des points, bien différent de nous. Mais les aspirations profondes de l’Homme n’ont pas changées, c’est ce qui fait que son héritage demeure plus actuel que jamais, et qu’il parle à tous! Aujourd’hui encore, on trouve à Assise des hommes et des femmes de tous âges de toutes cultures et de toutes croyances.

La musique a toujours été importante dans ma vie et le sera toujours c’est clair, comme tout art elle peut être un moyen d’expression bien sûr et c’est vrai qu’elle peut me permettre d’exprimer mes sentiments, mes idées et bien sûr ma prière. Je n’ai jamais vraiment compris le sens de ce genre d’expression poétiques sur la musique, mais ce que je peux dire c’est qu’elle est un de mes modes d’expression même si loin d’être exclusif. C’est aussi un talent que j’ai et que je compte bien faire fructifier et mettre à profit dans ma vie future.

Il s’agit du don total de moi-même à Dieu, voilà le sens, même s’il est évident qu’il ne suffit pas d’une célébration et d’une formule récitée pour donner une vie entière, c’est quelque chose qui doit ensuite se concrétiser dans la vie de tous les jours, se renouveler sans cesse…

Il s’agit du don total de moi-même à Dieu.

Pourtant ça commence comme ça, et c’est comme ça que je l’ai vécu, le début d’une aventure avec Dieu, dans la confiance totale en Lui qui seul peut me donner la force d’avancer et d’être fidèle.

Je me suis toujours senti soutenu par ma famille, même s’ils ont pu être surpris de certains de mes choix et même si peut être ils n’ont pas toujours tout compris entièrement (ce qui est normal), ils m’ont toujours encouragé et fait confiance et je leur en suis très reconnaissant.

Après il faut dire que rentrer dans l’ordre signifie aussi intégrer une nouvelle famille, ce qui ne signifie pas renier l’ancienne bien évidemment mais un changement de priorités. On pourrait faire l’analogie avec quelqu’un qui se marie, il demeure fils de ses parents mais plus totalement comme avant, il entre dans une nouvelle famille qui passera en premier désormais…

Tout ça pour dire que j’ai une famille de sang qui m’a toujours soutenu mais j’ai aussi une famille religieuse qui m’accompagnent sur le chemin.

Cela a été une année merveilleuse, le noviciat c’est le temps ou l’on fait expérience de ce que sera notre vie plus tard, ou l’on apprends ce que signifie être frère mineur Conventuel dans tous ces aspects de manière à pouvoir choisir ensuite en connaissance de cause, et pouvoir vivre ce temps à Assise, ou tout a commencé, proche de presque tous les lieux importants et fondateurs dans l’histoire de Saint François et de l’Ordre a été une grâce immense!

Cela m’a apporté beaucoup de choses que l’on peut résumer comme ça : une plus grande connaissance de moi, un plus grand amour de Dieu, une plus grande conscience de la vie qui m’attend, et une expérience incroyable de vie fraternelle !

Il y en a tant mais le plus important pour moi je pense que c’est le tombeau de Saint François, un lieu qui aide à la prière et j’aime me confier à Saint François, lui demander de m’enseigner ce que c’est qu’être frère, de m’aider à marcher à sa suite vers Jésus. C’est un lieu qui me plonge dans les racines du franciscanisme, et ça pour un frère c’est important…

Je sais que je suis où Dieu me veut aujourd’hui.

Avec beaucoup d’optimisme et de confiance, je sais que je suis où Dieu me veut aujourd’hui, donc il pourra y avoir des difficultés, des moments plus difficiles que d’autres, des moments de nostalgie, mais dans le fond, la foi me dit que c’est ou je dois être, ou il est bon que je sois, et donc je suis heureux d’y être.

Je connais peu Saint Antoine, j’espère que ces années qui m’attendent me permettront de combler cette lacune, mais pour l’instant dans ma tête ce n’est que le saint des miracles et celui qui a introduit l’étude de la théologie dans l’Ordre.