Saint François d’Assise

Fondateur de l'Ordre Franciscain

Vie de Saint François

Une jeunesse dorée

François naît à Assise, en Ombrie, en 1181 ou 1182 où il est d’abord baptisé sous le nom de Jean en l’absence de son père Pierre de Bernardone. Mais de retour d’un voyage d’affaires en France où il fréquente les foires de Champagne, le riche drapier décide de prénommer son nouveau-né François, en hommage à l’amitié qu’il porte à ce pays. A Assise, le jeune François reçoit l’enseignement des prêtres de l’église Saint-Georges. Son père l’initie au commerce de la draperie durant que sa mère d’origine française, dame Pica, lui enseigne sa langue et les bonnes manières.

Très vite, l’enfant est confronté au dilemme posé par son père. Imbu de lui-même, Pierre de Bernardone n’a que peu d’intérêt pour la religion, prétexte aux oisifs, selon lui. Il l’affirme du reste : tout pouvoir passe par la possession de richesse. « Plus tu as d’argent, plus tu peux être influent », se plait-il du reste à répéter à son aîné.

Dame Pica tempère ce jugement. Douce et patiente, elle enseigne à son fils qu’au delà de la bassesse des hommes, il y a l’infinie miséricorde de Dieu, venu sur terre et crucifié pour sauver l’humanité, sans distinction entre ses fidèles et ceux qui blasphèment Son nom.

Ainsi, selon elle et malgré son orgueil, son époux obtiendra le repos éternel.

Tout cela crée une confusion dans l’esprit de l’enfant qui se refuse pour l’heure à prononcer son propre jugement. En lieu et place, il fréquente la jeunesse aisée d’Assise, éblouit par sa prodigalité. Il se grise de poésies, de chansons provençales et de récits chevaleresques. Mais contrairement à ses compagnons dissipés et pervers, François cherche à s’élever contre la dépravation des mœurs. Il réprouve les festins dont l’issue s’apparente souvent à des bacchanales.

Ainsi s’attire-t-il l’admiration des nobles d’Assise dont le seul souhait serait de voir leurs fils prendre modèle sur lui. Il n’est pas jusqu’à cet ivrogne patenté qui, à chaque fois qu’il le croise, déploie sous ses pas son manteau en loque pour qu’il marchât dessus.

Mais Pierre de Bernardone a de plus grands projets pour son fils que de le laisser rêver à un ordre chevaleresque en voie de disparaître ; il attend de le voir lui succéder à la tête de son fructueux négoce.

 

La prison

L’époque n’est plus aux réjouissances. Une guerre oppose en effet Assise à son éternelle rivale : Pérouse. François a 21 ans en ce jour de 1202. Noyé dans la masse intrépide mais inexpérimentée des milices d’Assise, il s’élance dans la vallée pour combattre l’ennemi. Les bannières sont déployées, la hardiesse des combattants démesurée dans les combats. Mais les Pérugiens, plus aguerris et mieux entraînés l’emportent. Malgré tous ses efforts, François est capturé, jeté dans les geôles sombres de Pérouse où l’on traite les prisonniers de guerre en esclaves. Pourtant, malgré la privation et les mauvais traitements, il reste d’humeur égale et attend patiemment que son père obtienne sa libération.

Ce sera chose faite un an plus tard, jour pour jour. Mais François est malade, durement marqué par le souvenir des compagnons d’armes tombés à la bataille, par les cris des corps mutilés, par cette prison sordide où survivre est le dernier des courages.

Et même au jour où il connaît enfin la guérison, encore une année après, comment avouer à son père qu’il n’a pas la moindre intention d’embrasser la carrière de drapier ?

À 23 ans, fidèle à ce qu’il prend pour sa vocation, il s’engage une nouvelle fois dans les armées du pape en guerre contre le Saint Empereur Romain ; mais Dieu a d’autres desseins pour lui…

Pourquoi sers-tu le serviteur et non le maître ?​

L’unité de François a fait halte pour la nuit. Des ténèbres monte la crainte des hommes, leurs ronflements, les paroles prononcées dans le sommeil. Des ombres se dessinent, inquiétantes dans la clarté lunaire. Le fils de Bernadone ne parvient pas à s’endormir. Soudain, une voix puissante et limpide l’interpelle : « François, qui peut te faire du bien ? Le riche ou le pauvre ? Le maître ou le serviteur ? » Nulle réponse ne parvient à franchir les lèvres du jeune soldat effrayé. Alors, la voix répète sa question. Dans le silence hésitant qui suit, le murmure de François est éloquent : seul le maître peut faire du bien. « Alors, assène la voix impérieuse, pourquoi délaisses-tu Dieu qui est le vrai maître pour suivre l’homme, qui n’est que le serviteur de Dieu ? »

Foudroyé, François demande quelle conduite tenir. « Lève-toi, abandonne ton projet et retourne dans ta ville », lui est-il intimé. Ainsi sera fait. Il réunit son paquetage et, avant même les premières lueurs de l’aube, prend le chemin d’Assise pour franchir bientôt le seuil de la maison familiale. Malgré son trouble, Pierre de Bernardone se réjouit. Ainsi, son fils serait-il revenu à la raison… Auquel cas, pourquoi refuse-t-il toujours obstinément de s’intéresser aux affaires familiales ? La réponse, le drapier aveuglé par ses propres desseins refuse de l’entendre. Son fils fait son chemin de conversion et se laisse gagner peu à peu par l’Esprit de Dieu. Pourtant, ses doutes persistent. François est tourmenté, se réfugie parfois dans une grotte. La colère de son père enfle comme un orage. L’étrangeté du comportement de son fils nuit à sa réputation et à ses affaires. Il voudrait le contraindre à la raison par la force quand son épouse, la douce Pica, prône la patience.

L’esprit troublé, le jeune homme n’a que faire des gesticulations de son père et de son obstination à accroître sa fortune. Il n’a plus le goût des réjouissances. La contemplation emplit ses journées. Il médite sur la vanité humaine, se choisit la Nature et la solitude pour compagnes. Souvent, ses pas le guident vers l’église de Saint-Damien. L’édifice se délabre et menace ruine ; son curé y subsiste chichement. François lui parle parfois, se demande comment lui venir en aide. Il se persuade qu’un pèlerinage à Rome l’aiderait à y voir plus clair. Une semaine plus tard, il franchit le portail de Saint-Pierre et s’abîme en une prière fervente. Une fois relevé, il remarque la chicheté des oboles abandonnées par les pèlerins en visite dans la basilique. Avec rage, il jette la bourse emplie d’argent que sa mère lui avait donné pour son voyage et dont il n’a presque rien dépensé. Voyant les fidèles se jeter sur les pièces sans vergogne et les dérober à Dieu, il quitte amèrement les lieux. Il reprend son chemin au sein d’une cohorte de mendiants en haillons, pour expérimenter humblement leur condition. Il épouse, selon ses propres termes : « Dame la pauvreté ».

L’appel du Crucifix de Saint Damien

Assise l’accueille à nouveau. Mais surtout la vieille église de Saint-Damien déserte et son beau crucifix de bois devant lequel il s’agenouille pour implorer le Seigneur de l’éclairer. Alors, une nouvelle fois la voix s’élève, la même que celle entendue cette nuit où il se destinait à partir aux Croisades. Le visage de François se baigne de larmes alors qu’elle prononce : « François, va et reconstruis ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines. »

Ainsi, Dieu l’invite à bâtir plutôt que détruire par les armes. Devant le curé de Saint Damien, il s’engage à restaurer son église. Le vieil homme est septique, mais François ne s’avoue pas vaincu. Dans les ateliers de son père où il se précipite, il prélève plusieurs rouleaux d’étoffe, puis, aux écuries, un cheval. Enfin heureux, il les vend à la foire de Foligno. Fort d’une bourse rebondie de pièces, il assure dès son retour au prêtre de Saint Damien les premiers travaux de reconstruction de la maison de Dieu. Mais c’était sans penser au courroux de son père incapable de supporter plus longtemps les frasques de son fils. Du reste, ce dernier lui échappe de peu et se réfugie dans les profondeurs apaisantes d’une grotte. Il y prie et invoque le Nom de Dieu un mois durant, avec, pour seule subsistance le peu d’eau et de nourriture amenée par le bon curé de Saint Damien.

L’une des origines de la conversion de François est la rencontre avec le lépreux. Cet expérience est indissociable de l’appel du crucifix de saint Damien. Dans le lépreux, François rencontre le Christ. Lui qui éprouvait un profond malaise à la vue des lépreux, il embrasse celui-ci et commence à vivre au milieu d’eux pour « leur faire miséricorde » ainsi qu’il l’écrira dans son Testament.

Au jour où François se décide à revenir fouler le sol d’Assise, il est transfiguré. Il est pâle et amaigri, ses vêtements sont sales. A tel point que la foule railleuse, sortie en masse pour assister au retour du fils de Bernadone, le conspue et lui jette des pierres. Le drapier d’Assise assiste à cette scène comme à sa propre déchéance. Un poignard planté dans le dos lui aurait paru plus doux que l’affront. Aveuglé, il se jette sur son fils et le bastonne sans pitié avant de le traîner dans la cave où il l’enferme à double tour. Mais malgré les cris et les semonces, François ne plie pas. Plus encore, il remercie Dieu de savoir vivre dans la plus extrême pauvreté.

Même sa mère inquiète d’assister à l’affaiblissement de son corps l’exhorte : il doit ordonner sa vie selon le vouloir de son père. Mais là encore, et même avec douceur, François la repousse : tant d’hommes se fourvoient quand leur salut devrait passer par leur commisération pour les pauvres ! Dame Pica ne supporte plus de voir son fils emmuré vivant. Au bout de 2 mois sans obtenir les résultats escomptés par son époux, elle décide de rendre son fils à la liberté. Mais plutôt que de fuir, François se rend à Saint Damien et attend la confrontation avec son père. Elle ne tarde pas à venir. Pierre de Bernardone est au comble de la fureur. Il fulmine et menace. Mais tout ce qu’il obtient est un jugement apaisé mais sans appel de son fils : l’humanité ne peut plus endurer les crimes et les humiliations que les puissants leur infligent sans une once de remords. Et lui, François, refuse d’y apporter consentement par sa conduite ou même par son silence.

Le drapier en est convaincu : son fils aîné a perdu la raison. Il lui propose de régler leur différend devant l’évêque. Oui, rétorque François, mais publiquement. Sûr de son bon droit, Pierre accepte. Et le dimanche suivant, après la messe, se présentent les membres désunis de la famille Bernadone. Par curiosité malsaine, les habitants d’Assise se pressent au palais de l’Évêché. Du reste, ils donnent raison au drapier et approuvent bruyamment les graves accusations dont il accable son fils. Face à l’unanimité de tous, monseigneur Guido ordonne à François de rendre à son père tout ce qu’il lui a volé. Alors, sans hésiter, ce dernier se déshabille, ne conservant pour lui qu’une ceinture de crin autour de sa taille. Une fois ses vêtements déposés au pied du marchand, il affirme solennellement ne plus se reconnaître désormais qu’un père : Dieu. Consternation de la foule qui finit par se laisser gagner par l’émotion. Certains laissent couler des larmes. L’évêque retire son manteau pour en couvrir les épaules de ce jeune homme de 25 ans capable d’une aussi extraordinaire renonciation. Nous sommes le 25 avril 1207. François d’Assise vient d’atteindre ses 25 ans.

Une vocation missionnaire

Commence alors une existence dépouillée de tout bien, mais le cœur riche de l’amour de Dieu. François voyage, en parfaite harmonie avec la nature. En visite chez des amis drapiers de son père à qui il ne cache rien de leurs querelles, il prend l’habit : ce sera un simple sac et une corde passée autour de la taille. Il ira pieds nus. Pris du désir de mettre en accord ses actes avec sa foi, il se souvient que le Christ a loué les lépreux, ces réprouvés dont la simple évocation suscite le rejet et le dégoût. Il se rend dans la léproserie de Gubbio et soigne les malades les plus touchés.

A l’été 1207, il revient à Saint-Damien répondre à l’injonction de Dieu. Jusqu’à la veille de l’an 1208, il rebâtira l’église pierre à pierre. Puis il ouvre le chantier de Saint-Pierre-de-l’Epine. Les habitants d’Assise d’abord méfiants, lui témoignent de la sympathie et lui versent quelques aumônes pour l’aider à reconstruire de vieilles chapelles. Mais il ne garde jamais rien pour lui, se souvenant sans cesse d’un passage de l’Évangile de Matthieu : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or, ni argent, ni petite monnaie pour en garder sur vous ; ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandale, ni bâton. »

La fraternité primitive

Un idéal pur et noble, proche de l’action plus que de la contemplation qui répond à une attente véritable ; Bernard de Quintevalle, héritier de noble lignée rejoint François. Puis Pierre Cattani, juriste expert et chanoine de la cathédrale de Foligno les rejoint.

Dans une église d’Assise, la phrase du Christ au jeune riche de l’Évangile, les frappe : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi ».

Ce commandement servira de règle fondamentale à la petite communauté qui s’enrichit bientôt de la présence d’Egide, un paysan.

Les quatre compagnons décident alors de mener leur première mission évangélique. Ils se séparent pour aller faire partager aux hommes la joie de la Bonne Nouvelle.

A leur retour, un jeune homme se présente à eux. Il montre d’atroces plaies à la bouche et aux joues que les plus éminents médecins n’ont pu soigner. A la surprise de tous, François le serre dans ses bras et l’embrasse : il guérit miraculeusement.

Sabbatino et Morico rejoignent la communauté. Ensemble, ils vont de porte en porte mendier la charité. Mais ils sont plus souvent accueillis d’insultes que de pièces. Peu importe : d’autres disciples les rejoignent : Philippe, Jean de San Constanzo, Barbare et Bernard de Vigilanzio. Sur le chemin de Rome, ce sera le chevalier Ange Tancredi.

La pauvreté

Entre temps, François a rédigé une Règle. Outre les vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté, il prescrit la renonciation absolue à toute possession et l’engagement à vivre de l’aumône. Il présente ces préceptes au pape Innocent III en 1209 qui l’approuve. Il reconnaît en cet homme humble et pauvrement vêtu celui qui rétablira, par sa doctrine et son œuvre, l’Église de Dieu sur ses fondations.

Ils seront appelé « mineurs »

Le cœur heureux, François et ses compagnons – qu’il nomme Mineurs – repartent. En route, Sylvestre, un nouveau disciple rallie la communauté. Puis arrivent Masseo, Genièvre, Rufin et Léon. Il est temps pour eux de trouver un toit : ce sera la modeste église de Sainte-Marie-des-Anges, cédée par les Bénédictins du mont Subasio avec sa maison attenante et quelques lopins de terre.

François multiplie les miracles. En 1212, près de Bevagna, il s’adresse aux ramiers, aux pigeons et aux pies qui l’écoutent avec attention avant de ployer le cou, comme dans un hommage. À Bevagna toujours, il rend la vue à une aveugle.

François continue de mener sa communauté selon la Règle stricte qu’il a établie. Lui-même donne l’exemple en continuant de demander l’aumône et en annonçant la Bonne Nouvelle où que le mènent ses déplacements. Il montre un nouveau visage de l’Église. Sur le passage de ce messager extraordinaire, beaucoup de gens se rapprochent humblement de Dieu. Qu’il s’agisse du couvent de Sainte-Marie-des-Anges ou de celui de Saint-Gallo qui lui a été offert par un riche marchand, François ne transige pas. L’humilité et la disponibilité sont exigés de tous les disciples. Pour chacun, l’ultime épreuve est le soin aux lépreux. Tous ceux qui s’avèrent incapables de surmonter leur aversion pour leurs affections purulentes, si proches des Plaies du Christ sur la Croix, sont écartés de la communauté.

​Claire d’Assise et l’ordre des pauvres dames

Leur vie simple, rigoureuse et laborieuse dépasse les courtes frontières de leur Église. A Assise, Claire, l’un des partis les plus enviables de la ville, fille du chevalier Favarone, mais aussi belle et gracieuse jouvencelle, s’oppose à ses parents : en ce 19 mars 1211, jour des Rameaux, elle leur annonce sa volonté de les quitter pour suivre la Règle des Mineurs. Face à leur opposition, elle s’enfuie et se réfugie à Sainte-Marie-des-Anges où François l’accueille. Là, il lui coupe sa longue chevelure. Puis, après qu’elle eût revêtu un voile et un simple sarrau de laine, elle prononce ses vœux au pied d’une statue de la vierge. Puis c’est au tour d’Agnès, la sœur cadette de Claire, d’exprimer la même vocation. Comme jadis Pierre de Bernardone, leurs parents sont furieux et tentent par tous les moyens de la faire renoncer. Ils ont recours à la force et tentent d’enlever la jeune fille. Mais comme si une force divine s’y opposait, ils échouent. Du reste, touchés par la grâce, ils acceptent dès le lendemain le destin choisi par Claire et Agnès et se réconcilient avec elles. En compagnie d’Agnès désormais vêtue de l’habit de pénitente, Claire s’installe près de Saint-Damien. Leur mère les rejoindra bientôt, puis leur sœur Ortolane, puis d’autres jouvencelles. François les appelle les « Pauvres Dames ». Claire nommée abbesse, elles deviendront les Clarisses, deuxième Ordre fondé par François. Elles vivent dans la plus grande pauvreté évangélique et la contemplation du Christ. Elles travaillent de leurs mains, soignent les malades amenés à leur porte et prient pour eux.

François, un homme de contemplation et d’action.

François, ne sépare pas la mission de la contemplation, se retirant dans la solitude des ermitages pour contempler les mystères de Dieu. S’il a insufflé un tel souffle évangélique à son temps, c’est pour avoir contemplé longuement la révélation de ce mystère dans la personne vivante et rayonnante du Christ.

François a aimé le Christ passionnément : il voyait en lui la communication de Dieu au monde, la violence inouïe de l’amour de Dieu.

Aussi n’est-il pas étonnant que son action ait eu pour horizon le monde entier : il voulait faire connaître à tous les hommes cette Révélation.

Il ira donc en Palestine annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile aux Musulmans. Plutôt que les occire, il les convertira et même, rendra à la Croisade cet élan spirituel que l’esprit guerrier de conquête lui a fait perdre.

En l’an 1212, après avoir confié la garde de sa communauté à Pierre Cattani, il s’embarque avec un frère à Ancône. Mais, à la suite d’une terrible tempête, le bateau revient vers son port d’attache. Loin de se décourager, François parcourt les villes alentours. Le visage émacié, le crâne rasé, les pieds nus, son corps amaigri par les privations simplement couvert d’une robe de bure, il captive son auditoire par l’exemple édifiant de sa vie et par la simplicité de son discours. Le temps des moqueries est révolu. Dans sa ville même d’Assise, plus personne n’oserait un quolibet sur son passage. On l’accueille et l’écoute comme un saint homme, ce que François réfute : on ne loue pas les vivants.

Le Tau

Un jour, un religieux de l’Ordre de Sainte-Croix réclame aide et assistance aux frères Mineurs. Prévenu, François lui fait envoyer un remède de sa préparation. Peu après, l’homme guérit. Alors, Pacifique, l’un des proches disciples de François remarque un grand « tau » sur son front. Cette lettre grecque rappelle non seulement le signe de la Croix, mais, selon le prophète Ezéchiel, elle est la marque déposée sur le front de ceux qui seront sauvés de l’extermination. Ainsi, le « Tau » devient le signe et le sceau de François.

En 1214, ce dernier reprend la route. Ses pas l’amènent à traverser la France. Il arrive en Espagne où le roi Alphonse IX, séduit par les enseignements du Mineur italien encourage la création de nombreuses maisons franciscaines. De retour à la Portioncule, il découvre avec horreur que Pierre Cattani, à qui il avait confié la direction de son couvent en son absence, a fait construire un imposant bâtiment pour y loger les pèlerins. Or, cet édifice est en contradiction totale avec la règle de pauvreté de l’Ordre : la démolition de l’ouvrage est immédiatement décidée.

François repart et parcourt en 3 ans la moitié de l’Europe. Il libère une femme du démon, guérit les mains paralysées d’une autre, rend la vue à une aveugle de naissance. Partout et sans autre protection que la Divine Providence, il louange Dieu, Dame Pauvreté, Frère Soleil et toutes les créatures de la Terre. Par ailleurs, la communauté franciscaine ne cesse de s’agrandir et de nombreux frères partent annoncer l’Évangile, même dans les vallées les plus reculées.

Le Pardon d’Assise

Le 2 août 1217, le nouveau pape Honorius III accorde une indulgence – « le Pardon d’Assise » – à la communauté de François. Toujours cette même année s’ouvre le «premier Chapitre général des Frères Mineurs». Cet événement exceptionnel s’impose au vu de l’extraordinaire développement de la communauté. Plusieurs décisions capitales y seront prises et notamment la division de l’Europe (et même du monde connu) en plusieurs régions ou « provinces ». François choisit de conserver sous son influence l’Ombrie, mais aussi Paris, le Nord de la France et les Pays-Bas. Il justifie son choix : « La France m’attire ; c’est un pays où l’on a plus de respect pour le Saint-Sacrement que dans les autres nations. »

Cependant, et malgré les prodiges accomplis par le fondateur, certains membres de l’Ordre critiquent la trop grande austérité de la Règle fondatrice. Mais François, soutenu par son évêque est inflexible. Du reste, il n’a que faire de ces querelles : en 1219, il annonce au Chapitre Général son départ imminent pour l’Orient. Le supérieur des Mineurs veut participer à cette quatrième Croisade, prêchée par le pape Innocent III et convoquée enfin par son successeur sur le trône de Saint-Pierre, Honorius III.

La rencontre du Sultan à Damiette

Comme quelques années auparavant, François rallie Ancône avec 11 compagnons. Armés de leur croix comme seule arme, dix frères sont débarqués à Saint-Jean-d’Acre pour soutenir la foi de la petite communauté catholique. François poursuit jusqu’à Damiette, en Egypte. L’armée divisée des Croisés y soutient un siège sans gloire depuis un an. Mais à l’arrivée de François d’Assise, un assaut final se décide. Il tente d’en dissuader le commandement car il craint un bain de sang. Mais il obtient en retour une fin de non recevoir. Sa clairvoyance aurait pourtant due être écoutée : la bataille de Damiette est un carnage. Pourtant, en dépit du danger, François et frère Illuminé s’acheminent vers la ville tenue par les Musulmans en chantant des psaumes. Encerclés, faits prisonniers, les deux religieux sont conduits auprès du Sultan. Melek-el-Kamel écoute François. Intrigué par son humilité et sa sérénité, il décide de le garder au palais pour écouter le récit de l’Évangile. Au terme de longues conversations qui ébranlent la foi du Sultan en l’Islam, ce dernier décide de libérer ses prisonniers.

Leur retour au camp s’accompagne d’une mauvaise nouvelle : les Croisés ont décidé un nouvel assaut. Le religieux s’interpose à nouveau sans obtenir de meilleur résultat que précédemment ; la bataille a lieu. La ville de Damiette tombe aux mains des Chrétiens. Mais au prix de terribles combats. Considérant sa mission échouée, François rentre en Italie en 1220. Il avait prêché une autre voie aux belligérants, une voie radieuse de rapprochement par l’Évangélisation des Musulmans et leur adhésion à la seule vraie Foi. Il avait défendu la mansuétude, le pardon et l’amour du prochain. Mais il n’a pas été entendu : les Croisés exigeaient le prix du sang.

Ce n’est pourtant pas la seule déconvenue à laquelle François se confronte ; il apprend que sa communauté est déchirée. Elle dit avoir soif d’érudition et de livres quand lui-même prône la simplicité évangélique. Certains frères ont aussi oublié leur vœu de pauvreté pour mener une vie confortable. Le 29 septembre 1220, lors du troisième Chapitre de la communauté, il choisit de renoncer à sa qualité de supérieur de l’Ordre. Consécutivement, il fonde le Tiers-Ordre des Pénitents réservé aux laïcs, dont les principales règles sont : restituer tout bien injustement acquis, conclure une paix sincère avec ses ennemis, observer les commandements de Dieu, les préceptes de l’Eglise et ceux de la « Règle » établie par frère François. Les femmes mariées y sont admises avec le consentement de leur époux. Nommés Tertiaires, ils doivent se vêtir sans faste, réciter chaque jour l’office de la Vierge et jeûner chaque vendredi, tout en s’interdisant le port d’une arme.

Le chapitre des Nattes

C’est lors de ce Chapitre ouvert solennellement à la Portioncule le 30 mai 1221 que l’Ordre franciscain adopte sa Règle définitive. Elle se compose de 23 chapitres précisant l’idéal, les structures et les activités des Mineurs. Ainsi vivront-ils dans l’obéissance et la chasteté, s’interdisant toute possession de biens terrestres, pas même des animaux. Ils jeûneront à la Toussaint et à Noël, et de l’Epiphanie jusqu’à Pâques, le vendredi pour les autres périodes. Aucun d’entre-eux ne recevra le titre de prieur, mais tous, indifféremment seront nommés frères Mineurs. Ils se laveront les pieds les uns les autres et n’arboreront que des habits grossiers.

La chasteté s’accompagne de châtiments sévères en cas de transgression, durant que le rôle des frères Mineurs partis en mission est clairement défini. Le pape Honorius III approuve sans réserve cette Règle, attendant beaucoup de l’Ordre de François. Quant au cardinal Hugolin, ancien évêque d’Ostie, il devient protecteur des Mineurs.

Désormais, ils sont autorisés à devenir propriétaires de leurs églises. Mais cette licence donnée à ses frères n’empêche pas François, « le Petit Pauvre », de poursuivre ses voyages où il s’adresse à des populations dévotieuses à ses prêches. Ses prodiges se multiplient, tant sur les malades qu’il guérit que sur les animaux dont il semble pouvoir se faire entendre et aimer.

La première crèche

Pour la Noël 1223, François se trouve à Greccio où l’un de ses amis à mis un terrain à la disposition de l’Ordre. L’humble franciscain lui demande alors d’aménager les lieux à la ressemblance du lieu de naissance du Christ à Bethléem.

L’ami s’exécute et, au soir de la Nativité, une foule immense accourt pour entendre célébrer la messe de minuit à laquelle François participe en qualité de diacre.

François souhaitait en effet rendre cette expérience du Fils de Dieu incarné, plus concrète pour les fidèles car ce sujet, avec celui de l’Amour de Dieu manifesté pendant la Passion, lui tenait particulièrement à cœur.

« Son dessein le plus haut, son désir principal, son projet suprême était d’observer en tout et à travers tout le saint Évangile, de suivre parfaitement de toute sa vigilance, de tout son effort, de tout le désir de son esprit, de toute la ferveur de son cœur l’enseignement de notre Seigneur Jésus Christ et d’imiter ses pas. Par une méditation incessante, il se souvenait de ses paroles; par une très pénétrante contemplation, il se rappelait ses actions. En particulier, l’humilité de l’Incarnation et la charité de la Passion occupaient à tel point sa mémoire qu’il voulait à peine penser à autre chose. Aussi doit-on rappeler et honorer par une mémoire révérende ce qu’il fit, la troisième année avant le jour de sa mort glorieuse, au bourg fortifié qu’on appelle Greccio le jour de la nativité de notre Seigneur Jésus Christ. Il y avait dans ce pays un homme du nom de Jean, de bonne réputation, mais d’une vie meilleure encore. Le bienheureux François le chérissait d’un amour particulier car, alors que dans son pays il était noble et honorable au plus haut point, il avait foulé la noblesse de la chair pour suivre la noblesse de l’esprit. Le bienheureux François, comme il faisait souvent, le fit appeler à lui environ quinze jours avant la nativité du Seigneur et lui dit : « Si tu désires que nous célébrions la présente fête du Seigneur à Greccio, dépêche-toi de t’y rendre à l’avance et ce que je te dis, prépare-le soigneusement. Car je veux faire mémoire de cet enfant qui est né à Bethléem et observer en détail, autant que possible de mes yeux corporels, les désagréments de ses besoins d’enfant, comment il était couché dans une crèche et comment, à côté d’un bœuf et d’un âne, il a été posé sur le foin. » Entendant cela, l’homme bon et fidèle courut bien vite et prépara en ce lieu tout ce que le saint avait dit.

Le jour de l’allégresse approcha, le temps de l’exultation advint. Les frères furent convoqués de plusieurs lieux : les hommes et les femmes de ce pays, chacun comme il le peut, préparent en exultant des cierges et des torches pour illuminer la nuit, elle qui a illuminé tous les jours et toutes les années de son astre scintillant. Enfin vint le saint de Dieu et, trouvant tout préparé, il vit et fut en joie. De fait, on prépare une crèche, on apporte du foin, on conduit un bœuf et un âne. Là est honorée la simplicité, exaltée la pauvreté, louée l’humilité et l’on fait de Greccio comme une nouvelle Bethléem. La nuit s’illumine comme le jour et elle fut délicieuse aux hommes ainsi qu’aux animaux. Arrive la population et, devant ce nouveau mystère, elle se réjouit de joies nouvelles. La forêt retentit de voix et les roches répondent aux cris de jubilation. Les frères chantent, s’acquittent des louanges dues au Seigneur et toute la nuit résonne de jubilation. Le saint de Dieu se tient devant la crèche, plein de soupirs, contrit de pitié et inondé d’une joie étonnante. On célèbre la solennité de la messe sur la crèche et le prêtre jouit d’une consolation nouvelle. Le saint de Dieu se vêt des ornements de la dalmatique, car il était diacre, et chante d’une voix sonore le saint Évangile. Sa voix était certes une voix forte, une voix douce, une voix claire, une voix sonore, qui invita toute l’assistance aux récompenses suprêmes. Il prêche ensuite au peuple se tenant alentour et profère des paroles douces comme miel sur la naissance du pauvre roi et sur la pauvre petite cité de Bethléem. Souvent aussi, alors qu’il voulait nommer le Christ « Jésus », brûlant d’un amour excessif, il l’appelait  « l’enfant de Bethléem » et en disant « Bethléem » à la façon d’une brebis bêlante, il emplissait toute sa bouche du mot, mais plus encore d’un sentiment de douceur. Même ses lèvres, quand il nommait « l’enfant de Bethléem » ou « Jésus », il les léchait de la langue, goûtant sur son heureux palais et déglutissant la douceur de ce mot. Là se multiplient les dons du Tout-Puissant et un homme de vertu aperçoit une vision étonnante. Il voyait en effet dans la crèche un petit enfant gisant inanimé dont semblait s’approcher le saint de Dieu ; et il paraissait éveiller cet enfant comme de la torpeur du sommeil. Cette vision n’est pas hors de propos, puisque l’Enfant Jésus, dans le cœur de beaucoup, a été livré à l’oubli et que chez les mêmes personnes, sous l’action de sa grâce, il est ressuscité à travers son serviteur saint François et s’est imprimé dans une mémoire attentive. Enfin s’achèvent les vigiles sacrées et chacun rentra joyeusement chez lui.

[…] Pour finir, le lieu de la crèche fut consacré comme temple au Seigneur et, en l’honneur du bienheureux Père François, on construit un autel sur la crèche et on dédicace une église. »

L’alter Christus

Le corps épuisé par les privations, François se rend au mont Alverne en compagnie de ses disciples Masseo, Rufin, Ange et Léon. Au soir du 15 août 1224, ils entament un jeûne de 40 jours, en vue de se préparer à la fête de Saint Michel. Jour après jour et isolé de ses compagnons, François se nourrit frugalement, à même la pierre de la grotte où il a trouvé refuge. À plusieurs reprises, Dieu lui apparaît jusqu’à ce 14 septembre où la vision d’un ange aux ailes déployées lui est dévoilée. D’une image du Crucifié qu’il tient, s’échappent 5 rayons qui transpercent François. Au matin, ce dernier découvre avec stupeur qu’il porte dans sa chair les stigmates de la Passion du Christ. Découvertes par ses compagnons, ces blessures donnent à François une véritable aura de saint. Mais peu importe au Petit Pauvre. Malgré ses souffrances inouïes, il repart prêcher. Affaibli, il ne se déplace plus qu’à dos de cheval ou d’âne. Il ne respecte pas la Règle qui prévoit que les frères Mineurs malades puissent se retirer dans un couvent.

Pour lui, que les souffrances accompagnent désormais comme « ses sœurs », il n’y aura ni cesse ni répit. Il continue d’aller de village en village où des foules considérables viennent l’écouter et reprendre espoir. Au printemps 1225, François revient à Saint-Damien, berceau de sa vocation mais aussi Eglise dans laquelle sa chère « sœur » Claire a fondé l’Ordre des Clarisses. Il souffre pourtant terriblement et est presque aveugle : incapables de discerner la lumière ses yeux pleurent jour et nuit. Des médecins se relaient sans cesse à son chevet, mais s’avèrent incapables d’apaiser ses maux empirés par les stigmates reçus au mont Alverne.

Claire lui construit une cabane de roseaux près du jardin des sœurs. Un jour, après une conversation avec l’abbesse des « Pauvres Dames ».

« Laudato si’, mi Signore »

François compose un chant d’amour au Créateur, le Cantique du Soleil et des Créatures Parvenu au terme de ses forces, c’est presque moribond que François remet son cantique à frère Pacifique. Puis, en septembre 1225, il se rend aux supplications du frère Elie. Il quitte Saint-Damien pour se rendre à Rieti où l’attendent le pape et de savants docteurs.

A Fonte Colombo, où son état a empiré, des médecins décident de recourir à la cautérisation : ils vont lui brûler les tempes au fer rouge pour décongestionner ses yeux. L’humble mineur craint cette intervention sans parvenir à l’empêcher. Du reste, il la subit avec courage et affirme même n’en avoir ressenti aucune douleur, prêt à recommencer si cela était nécessaire. Mais l’état du patient ne s’améliore pas pour autant. Il quitte cependant Rieti à la fin de 1225. Sentant sa fin proche, il réclame de rentrer chez lui, transporté sur un brancard par des Mineurs.

Transitus : La mort du Poverello d’Assise.

Le Petit Pauvre parvient à Assise en juillet 1226, dont il repart, toujours perclus d’intenses douleurs vers Sainte-Marie-des-Anges. Le soir du vendredi 2 octobre, il réunit les Mineurs et leur délivre son testament avant de s’éteindre, dans la Paix de Dieu le 3 octobre 1226, à l’âge de 44 ans, marqué au corps par des plaies semblables à celles de Jésus crucifié. Il est canonisé en 1228 par Grégoire IX. Claire d’Assise apparaît comme la dépositaire de l’esprit de François d’Assise. Elle rédige la règle de son ordre, les « Clarisses » (moniales cloîtrées), que le pape Innocent IV approuve à Assise peu avant sa mort, en août 1253.

Qui est Saint François ?
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