MISSION

Il nous semble entendre à nouveau la voix du Crucifix de st. Damien qui parla à François d’Assise : « Va, François, et répare mon Eglise qui, tu le vois, tombe en ruine ». Le moment est venu, frères et sœurs, de réparer l’Eglise avec une ardeur renouvelée.

Dieu appelle à l’évangélisation. Après Vatican II, dans l’exhortation apostolique Evangélii Nuntiandi  au n.14, Paul VI avait écrit : « L’Eglise existe pour évangéliser », ça veut dire que l’évangélisation n’est pas une des missions de l’Eglise, n’est pas non plus sa mission principale ; l’évangélisation est la mission de l’Eglise. Tout doit être finalisé à l’évangélisation. St. Paul disait : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! ». Benoît XVI demande de sérieusement penser à comment faire une vraie évangélisation non seulement une nouvelle évangélisation, mais souvent une véritable « évangélisation » (21 août 2005). Cette Nouvelle Evangélisation est urgente.


 « Evangélisateurs avec esprit » veut dire évangélisateurs qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint. A la Pentecôte, l’Esprit fait sortir d’eux-mêmes les Apôtres et les transforme en annonciateurs des grandeurs de Dieu, que chacun commence à comprendre de sa propre langue. L’Esprit Saint, de plus, infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Evangile avec audace (parrêsia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant. Invoquons-le aujourd’hui, en nous appuyant sur la prière sans laquelle toute action court le risque de rester vaine, et l’annonce, au final, de manquer d’âme. Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu. (…). Une évangélisation faite avec esprit est très différente d’un ensemble de tâches vécues comme une obligation pesante que l’on ne fait que tolérer, ou quelque chose que l’on supporte parce qu’elle contredit ses propres inclinations et désirs. Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse ! Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Eglise évangélisatrice (Gaudium Evangelii, 259.261).

Notre époque est caractérisée par une attitude d’indifférence envers la foi, qui n’est plus considérée comme importante dans la vie de l’homme.

La nouvelle évangélisation doit réveiller dans les cœurs et dans l’esprit de nos contemporains la vie de la foi. Notre première manière de vivre la mission sera le témoignage de la primauté de Dieu, de sa tendresse et miséricorde dans notre vie personnelle ainsi que dans la vie de nos fraternités. Elles sont appelées à vivre la foi d’une manière concrète à travers l’amour, le pardon, la joie, la pauvreté, l’abandon à la Providence, la minorité, la beauté.


Tout cela soulève des questions, comme dans l’Eglise des origines : pourquoi vivent-ils ainsi ? Qu’est-ce qui les motive ? Ce sont des questions qui mènent au cœur de l’évangélisation. Tous les frères sont donc appelés à être des témoins crédibles de l’Evangile de notre Seigneur Jésus Christ. C’est l’évangélisation « par attraction » dont parle souvent Pape François. En même temps, nos fraternités, comme nous invite depuis le début de son pontificat Pape François, se donneront la priorité d’« aller vers les autres », vers les « périphéries de la vie ».


Ce dynamisme fait partie de la grande mission du Christ qui est venu manifester l’amour du Père. Le Fils de Dieu est « sorti » de sa condition divine et est venu à notre rencontre pour nous sauver. Comme fils de saint François qui portait sur le monde un regard fraternel et joyeux (reflet du regard d’amour du Christ), il nous sera tout naturel d’avoir la même attitude profonde dans notre service de la mission. François et ses frères, tout en se nourrissant de prière et de contemplation, se sont toujours sentis pousser par l’Esprit vers tout homme, de toute condition, surtout les plus pauvres, les marginaux, les « sans-Dieu », les sans espérance, ceux qui n’en peuvent plus, ceux qui ne pensent pas comme nous, vers tous, en somme. Parce que tous nous avons en commun d’être créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Personne n’est exclu de l’espérance de la vie et de l’amour de Dieu.

Tout cela exige l’engagement commun pour vivre ce projet qui rappelle l’essentiel et qui est centré sur l’essentiel, c’est-à-dire le Christ.

L’Esprit nous pousse à nous concentrer sur la réalité fondamentale, qui est la rencontre avec le Christ, avec sa miséricorde, avec son amour pour aimer nos frères comme il nous a aimés. Fidèles à notre spiritualité franciscaine très mariale et dans l’Esprit de saint Maximilien-Marie Kolbe, ce sera notre joie de favoriser cette rencontre avec le Christ en promouvant la consécration illimitée à la très Sainte Trinité par les mains de notre Mère Marie Immaculée. Enfin, nous continuerons à servir la mission au cœur de l’Eglise et, plus particulièrement, en lien avec nos églises locales où nos fraternités sont insérées.


C’est là que nous apportons notre contribution soit en participant dans la mesure du possible directement dans les structures pastorales locales, soit en déployant notre action et notre apport spécifique. Mais dans un cas comme dans l’autre, cela ne pourra être qualifié de mission que si nous vivons dans un respect filial et une collaboration fraternelle avec l’Eglise locale et ses acteurs pastoraux.


Nous voulons témoigner que travailler dans la vigne du Seigneur, tout en étant une mission exigeante et parfois crucifiante, est tout de même un « travail » épanouissant et heureux.

Nous serons appelants dans la mesure où les personnes qui nous côtoient pourront entrevoir qu’elles sont appelées à faire l’expérience de la « sobre ivresse » de l’Esprit. Car, pour les fils de saint François, la mission peut et doit amener à expérimenter la « joie parfaite ».